témoignages

    «Je suis devenu coach de baseball au Népal»

    Parti sac au dos pour un trek dans l’himalaya, fabio est devenu le temps d’une saison entraîneur sportif à Katmandou. 

    Publié le 
    11 Septembre 2018
     par 
    Julien Pidoux

    Originaire de Parme, en Italie, je me suis établi en Suisse pour étudier dans le domaine scientifique, à Zurich d’abord, puis à Lausanne. J’ai ensuite été engagé dans une start-up de la région lausannoise. Petit à petit, j’ai commencé à ne plus bien savoir où j’allais dans la vie. C’est à travers cette quête de sens que j’ai commencé à m’intéresser au yoga, en décembre 2016. Ce fut le début d’une remise en question. A l’été 2017, j’ai découvert la randonnée pédestre et je me suis mis à marcher régulièrement en montagne.

    Parallèlement, j’ai commencé la méditation, je me suis intéressé au bouddhisme, j’ai regardé des documentaires sur l’Everest… tant et si bien qu’un jour, un peu en rigolant, j’ai dit à des amis que l’on devrait aller faire un trek dans l’Himalaya. Je pensais partir au Tibet, mais je me suis vite rendu compte que ce serait compliqué au niveau des visas, alors nous avons organisé notre voyage au Népal. Mais voilà, j’avais à peine donné ma démission et acheté les billets que les participants m’ont annoncé les uns après les autres que, pour différentes raisons, ils ne pourraient pas être de l’aventure.

    Après un moment de doute, j’ai jeté aux orties mes hésitations et me suis décidé à faire ce voyage tout seul.

    Au début de l’année, j’ai donc débarqué à Katmandou. ville qui se remet encore peu à peu du terrible tremblement de terre d’avril 2015, qui a fait des milliers de victimes. Je me suis installé dans une auberge du quartier de Thamel et, un jour où je me promenais, je suis tombé sur un groupe de gamins qui jouaient au volley-ball, dans un terrain vague.

    Moi qui joue au baseball depuis 25 ans – j’ai même atteint le niveau national en Italie –, je me suis dit: «Si on peut jouer au volley ici, on doit aussi pouvoir pratiquer le baseball.»

    En cherchant sur internet, je suis tombé sur la page Facebook de Roshan, par ailleurs journaliste, qui entraînait une équipe de baseball dans la banlieue de Katmandou. Je lui ai écrit, demandé si je pouvais venir pratiquer avec eux. Hyperenthousiaste, il m’a tout de suite répondu, me donnant rendez-vous pour le lendemain matin. C’était à l’autre bout de la ville, dans la banlieue.

    «J'ai rêvé, j'ai vécu, j'ai agi»

    Le lendemain, j’ai donc traversé la ville en bus, puis il est venu me chercher à moto et nous sommes arrivés sur le terrain d’entraînement, à Bakthapur. Les joueurs, tous très jeunes, sont immédiatement venus me saluer d’un «namasté, Sir», me demandant dans la foulée de leur apprendre à mieux jouer! On a passé une journée incroyable. Plusieurs de ces gamins avaient vu leur maison détruite par le séisme, certains étaient très pauvres et jouaient en tongs… mais ils étaient tous tellement heureux, souriants, que ce fut pour moi une énorme leçon.

    Yes, Sir!

    Après cette journée, comme c’était prévu, je suis parti pour un trek, jusqu’au camp de base de l’Everest, mais c’est une autre histoire! En bref, quelques jours plus tard, j’étais de retour à Katmandou, et voilà que Roshan m’appelle. Il m’a demandé de but en blanc si j’avais envie de devenir entraîneur pour l’équipe nationale de baseball! Ils devaient participer à un important tournoi en Inde, 15 jours plus tard, et un coup de main de ma part serait le bienvenu, m’assurait-il. J’ai donc rencontré les joueurs. Ils étaient d’origines très disparates. Certains étaient des militaires, il y avait des différences d’âge importantes, mais tous se sont montrés très attentifs et ouverts à ce que je pouvais leur apporter.

    Bon, comme ils m’appelaient tous Sir et que ça m’énervait un peu, je les ai menacés: le prochain qui m’appelle Sir fera 10 pompes. Évidemment, l’un d’eux a immédiatement rétorqué «OK, Sir!» Il a donc dû faire ses pompes. Et encore, ça, c’était avant qu’ils apprennent que j’avais un doctorat, parce qu’ensuite ils ont commencé à m’appeler Doctor! J’ai été profondément impressionné – et touché – par leur politesse et leur respect. Par leur gentillesse aussi. Par exemple, chaque jour, un des joueurs venait me chercher à l’hôtel et m’emmenait en balade. Au gré des entraînements, j’ai également rencontré pas mal d’officiels. Lors d’une cérémonie avant le tournoi, j’ai même été présenté au ministre des Sports népalais.

    L’équipe est ensuite partie pour la région de l’Assam, au nord-est de l’Inde, où avait lieu la compétition. Je n’ai pas pu les accompagner, faute de visa, mais au final, l’équipe a tellement bien joué qu’elle a fini deuxième. Mieux encore, elle est également remontée de 14 points dans le classement mondial. Autant dire que j’étais très heureux!

    Garder le contact

    J’ai ensuite continué à voyager un peu dans le pays, tout en continuant régulièrement à les entraîner. J’ai même été interviewé par la télévision nationale. Je suis rentré en Suisse à la mi-mai 2018, mais je garde des contacts journaliers avec les amis que je me suis faits au Népal. C’était une expérience tellement intense qu’elle a créé des liens très forts!

    Comme ils ne peuvent pas forcément s’offrir un billet d’avion, je risque d’y retourner bientôt. Je tiens également à ce qu’ils continuent à progresser en baseball.

    J’ai d’ailleurs commencé à contacter des clubs de la région, mais aussi d’Italie, afin qu’ils me donnent du matériel que je pourrais leur apporter. S’ils manquent de plein de choses, il y a là-bas un sens de la communauté très fort, quelque chose que l’on a perdu en grande partie ici; la joie aussi de se voir les uns les autres. Malgré les difficultés, ils sont super heureux et bienveillants. De notre côté, il faut que l’on arrête de toujours s’inquiéter, et essayer d’apprécier davantage le moment présent. On ne peut pas faire grand-chose contre ce qui arrive autour de nous, on peut juste changer notre façon de réagir face aux événements

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