témoignages

    Témoignage: «J'ai fait mon coming out d'asexuelle»

    Longtemps, Louiza a eu l'impression de se forcer à avoir des relations sexuelles. Aujourd'hui, elle revendique son droit à ne pas avoir envie.

    Publié le 
    12 Juin 2018
     par 
    Julien Pidoux

    J’ai fait mon coming out il y a environ 6 mois. Mais cela fait bien plus longtemps que j’en parle autour de moi, car la sexualité m’a toujours intriguée et questionnée.

    Je dis coming out, parce que pour moi l’asexualité, comme l’homosexualité par exemple, n’est pas un choix. J’ai longtemps cru avoir une libido peu développée, puis je me suis rendu compte que c’était quelque chose d’autre, quelque chose qui est réel, qui a un nom, pour lequel il existe même une communauté! J’ai récemment lu le livre L’Envie, de Sophie Fontanel, et je suis tombée sur la série Bojack Horseman, sur Netflix, dans laquelle un des personnages est asexuel. Cela m’a ouvert les yeux et, surtout, cela m’a montré à quel point la communauté ace avait besoin de visibilité. Les sexualités non-conventionnelles sont très peu représentées dans la pop-culture et le fait qu’une grande chaîne mainstream ait l’audace de créer un héros ace m’a vraiment libérée.

    On s’oblige souvent à faire des choses que la société nous impose et le sexe en fait malheureusement partie. Il y a une pression sociale concernant la performance sexuelle qui touche la plupart des gens. Un coming out ace, c’est aussi un poing levé face à la norme imposée. Je ne pense pas au sexe, ou très peu. Ce n’est pas plus compliqué que ça. Après m’être questionnée en long en large et en travers, et après des tests hormonaux, j’ai décidé de ne plus me prendre la tête avec ça.

    Le tri dans les rencontres

    J’ai eu la chance d’être très bien entourée et cela m’a beaucoup aidée à accepter ma différence, ainsi que celle des autres. Maintenant que mon coming out est fait, je me sens beaucoup plus libre. J’ai par exemple arrêté de me maquiller. Je ne sais pas s’il y a un lien entre les deux, mais je n’en ressens plus le besoin ni l’envie pour le moment. Et il est vrai qu’un coming out ace fait le tri dans les rencontres. Ce qui est, je dois l’avouer, assez agréable. Mon entourage m’aborde en connaissance de cause, c’est un vrai soulagement.

    Aujourd’hui, je suis bien dans mes Kickers, ma confiance en moi a augmenté. Je me sens davantage moi-même, un peu comme si, pendant touts ces années, je m’étais menti et j’avais menti aux autres, particulièrement à mes partenaires précédents. J’ai réalisé que je me forçais.

    Pendant l’acte, je jouais une sorte de rôle, je faisais ce qu’on attendait de moi, c’était au final beaucoup d’efforts et d’incompréhension pour les deux.

    La contraception? C'est non

    Maintenant que je suis outée, je peux construire ma sexualité en confiance et sur de bonnes bases. C’est très libérateur et jouissif. On a tendance à oublier que les asexuels peuvent avoir des relations, qu’elles soient romantiques et/ou physiques Je n’ai pas d’envies sexuelles particulières, pas d’attirance, même si le corps réagit. C’est fou comme les gens ont de la peine à comprendre ça. On envisage très bien de coucher avec quelqu’un sans en être amoureux, mais le contraire nous étonne. C’est quand même dingue! La seule différence que j’ai avec les gens sexualisés, c’est que je ne pense pas à ça. Je peux passer des mois sans que l’envie ni l’idée de la gaudriole me vienne à l’esprit.

    Vous avez dit demi-sexuel?

    Le contact physique naît si je suis très complice et extrêmement proche de quelqu’un. C’est une catégorie appelée demi-sexuel qui fait partie du spectre ace. Tout comme les grey-sexuel qui, eux, éprouvent rarement du désir, mais ne sont pas complètement fermés à cette idée. Être asexuel, c’est vraiment un terrain de jeux propice aux rencontres.

    Mon rapport à l’amitié, et à l’autre en général, est désormais beaucoup plus intense. La grande majorité des réactions que j’ai reçues, sur les réseaux sociaux comme en live, ont par ailleurs été très positives et bienveillantes. J’ai également rencontré beaucoup d’autres personnes s’identifiant ace via une Table ronde autour de l’asexualité que j’ai eu l’opportunité d’organiser au Petit Salon, à Lausanne, en mars dernier.

    Il faut dire qu’en tant qu’ace, même dans la communauté queer, très avenante, tu ne te sens nulle part à ta place. À ma connaissance, il y a très peu de figures publiques asexuelles. David Jay est très présent sur les réseaux sociaux anglo-saxons, mais ici, bien que les choses évoluent, l’asexualité est encore très peu connue. C’est agréable de pouvoir se retrouver entre aces et pouvoir partager nos expériences et nos questionnements. On se sent moins seuls et, surtout, plus forts.

    «Tu veux le numéro de Stop Suicide?»

    Au sujet des expériences négatives, il y a un jeune qui tenait un stand de prévention du sida, au centre de Lausanne… j’étais en phase de coming out, c’était un jour où j’étais vraiment vraiment méga de bonne humeur. Il m’approche et me lance sa phrase d’accroche: «Comme tout le monde, tu aimes le sexe?» Et du coup, j’en profite, gonflée à bloc, tout sourire: «Eh bien, figure-toi que non», avant de commencer à lui expliquer.

    Droit derrière, il me balance: «Ta vie doit être tellement déprimante, tu veux le numéro de Stop Suicide?»

    C’était peut-être de l’humour, mais c’était tellement lourd et tranchant… ça m’a chamboulée. Je lui ai fait répéter, il a persisté, alors je lui ai dit que sa réaction n’était pas du tout adéquate. Je suis rentrée pleurer toutes les larmes de mon corps à la maison. J’ai de la chance d’être assez forte et extrêmement bien entourée, donc ça va, mais d’imaginer qu’il dise ça à un ou une ado qui découvre sa sexualité, c’est insupportable. D’autant que c’était la première fois que j’en parlais hors zone de confort. La claque! C’était comme si on me disait: «Retourne dans le placard!»

    Je n’ai aucune tolérance à l’humour offensant. Comme quand un type m’a dit: «Toi, ce n’est pas trop grave si on te viole, du coup?» ou «Bonne chance pour trouver un mec qui voudra bien de toi maintenant!» Qui trouve ça drôle?! C’est superméchant. C’est une remarque qui m’avait extrêmement blessée et démoralisée à l’époque. Je suis rentrée de soirée en me disant qu’il avait raison, qui voudrait bien de moi? J’avoue que ça me fait bien marrer depuis que j’ai un amoureux.

    Parents punks et amis à l’écoute

    Les gens violents dans leurs propos sont souvent les plus déstabilisés par rapport à la différence. Cela doit réveiller en eux des peurs qu’ils n’ont pas encore eu le temps d’analyser. Mon coming out asexuel m’a vraiment donné la chance de rencontrer encore plus de personnes à la sensibilité queer. Et c’est jubilatoire. J’ai travaillé pour la Fête du Slip qui a eu lieu en mai dernier et ce fut une révélation. La bienveillance et la sensibilité qui règnent parmi le staff et le public m’ont ouvert les yeux sur une autre façon d’appréhender la sexualité et les rapports humains.

    Grace à mon entourage, somme toute, j’ai eu énormément de chance. Des parents punks, des grands-parents ouverts, des amis toujours à l’écoute… toutefois, tout le monde n’a pas ce privilège. C’est aussi pour ça que j’ai fait ce coming out. Je ne parle qu’en mon nom. Il y a mille façons de vivre sa sexualité. Et puis il faut rester vigilant: si les étiquettes sont efficaces pour sortir d’un schéma qui ne nous convenait plus, c’est aussi très sain de s’en défaire pour ne pas être figé. Concernant la sexualité, tant qu’il y a consentement, ne nous prenons pas trop la tête et n’ayons pas peur de briser les tabous.

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