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    Horaires scolaires: bien trop tôt pour les ados!

    Plus les enfants grandissent, plus l’école commence tôt, alors qu’ils auraient besoin de dormir plus le matin. Ce paradoxe peut mener à l’échec scolaire. 

     
    Publié le 
    3 Septembre 2018
     par 
    Fabienne Rosset et Jennifer Segui

    6h30, lundi matin, le réveil de Hugo sonne. Une heure quinze plus tard, le garçon de 13 ans devra être d’attaque dans la cour de son collège pour entamer sa journée. Hugo habite avec sa maman à La Rippe (VD), et son école est à Borex, une poignée de kilomètres plus loin. Toutefois, pour y arriver Hugo doit prendre son bus à 7h20 et, surtout, réussir à se sortir du lit à temps. La croix et la bannière pour l’ado et sa maman, Anne-France, qui doit battre le rappel, tous les matins:

    «C’est vraiment au cap de ses 12 ans, donc à partir de la 9e Harmos, que la différence s’est fait sentir. J’ai trouvé qu’il avait beaucoup plus besoin de dormir qu’avant et le matin les réveils sont devenus difficiles. Le soir, par contre, même s’il est fatigué, il n’arrive pas à s’endormir.»

    Même constat pour Annie, maman de deux enfants de 12 et 15 ans: «Dans les petites classes, ça allait encore. le réveil réglé à 7h30 leur permettait de se mettre en train doucement pour un départ de la maison à 8h20. Mais voilà que dès l’entrée en 7e, la sonnerie retentit à 7h40 dans la cour de l’école… et le collège est à vingt minutes de bus. C’est donc à 6h du mat que tout ce petit monde doit ouvrir les yeux pour être sûr de ne pas rater la navette. Pour mon fils, c’est un supplice, malgré son coucher à 21h.»

    Ces témoignages révèlent un paradoxe: plus les enfants ont du mal à se coucher le soir et à se lever le matin, plus on leur colle des emplois du temps qui les sortent du lit à l’heure des poules. En Suisse romande, à partir de la 7e année, c’est le grand chamboulement à peu près dans tous les cantons: les cours commencent vers 7h30-7h45, parfois une fois par semaine, parfois tous les jours, comme c’est le cas pour Hugo qui a un horaire bloc et termine à 14h40.

    Une question d’horloge interne

    Ce chamboulement d’horaire tombe particulièrement mal côté développement de l’enfant, car c’est justement à la puberté, dès 12 ans et parfois même avant, que son horloge interne se décale.

    «Les ados ont souvent un retard de phase du rythme circadien, c’est-à-dire que leur sommeil se décale en direction du matin d’une manière naturelle, explique le Pr Raphaël Heinzer, médecin-chef au Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil du CHUV, à Lausanne, ce phénomène biologique s’observe chez les souris, les rats ou les petits kangourous d’Amérique du Sud. Le décalage peut aller d’une à trois heures à peu près en moyenne pendant la phase de puberté. Pareil chez les ados. Idéalement, ils aimeraient se coucher un peu plus tard et se lever un peu plus tard le matin, ce qui correspondrait à leur rythme biologique.»

    Or, les spécialistes estiment qu’en moyenne les ados ont besoin de neuf heures de sommeil. L’horaire de début des cours est donc inversement proportionnel à leurs besoins physiologiques. Pourtant, des études scientifiques ont prouvé que repousser l’heure de la sonnerie du matin aurait un impact positif sur les résultats scolaires et sur le taux d’absentéisme…

    Petit sondage des cantons romands à l’appui, les horaires scolaires dépendent des communes et de chaque établissement. Ceux-ci fixent le début des cours entre 7h30 au pire et 8h30 au mieux à partir de la 7e. «Bien souvent, ce sont les horaires des transports publics utilisés par les élèves qui influencent l’heure du début et de fin des cours», explique Marianne Meyer Genilloud, conseillère scientifique à la Direction de l’instruction publique, de la culture et du sport de Fribourg.

    Dans le canton de Vaud, la loi sur l’enseignement obligatoire  fixe le début des cours à 7h30 au plus tôt, avec dérogation possible… pour commencer encore plus tôt! «Ça serait théoriquement possible oui, explique Laure Dessemontet-Berthoud, responsable d’unité à la Direction générale de l’enseignement obligatoire du canton de Vaud.

    Nous avons eu des cas d’élèves des Diablerets et du Sépey qui allaient à Aigle à l’école et devaient se lever très, très tôt pour faire de longs trajets. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les dérogations sont acceptées si réellement il y a des problèmes d’acheminement. Toutefois, on ne peut pas exiger des communes qu’elles mettent en place un transport scolaire si un un bus ou un train arrive 10 minutes trop tôt.»

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    Pourquoi si tôt?

    Nulle malice donc dans l’organisation des horaires scolaires, juste des questions pratiques et une volonté globale d’harmonisation. Côté parents, même si ça râle à cause des emplois du temps qui imposent à leurs enfants de se lever à l’aube dans la douleur, passé le cap de la 7e peu de choses bougent. Laure Dessemontet-Berthoud le confirme:

    «Dans le canton de Vaud, 50% de parents voudraient que leurs enfants soient pris en charge toute la journée, 50% pas. Depuis quinze ans, cette proportion n’a quasi pas changé. Les parents sont très partagés. Il n’y a pas tellement de lobbying clair, ni de pression pour faire bouger les horaires.»

    Pas sûr que l’ado qui ne fait qu’un avec sa couette tous les matins prenne en compte ces considérations bassement logistiques. Lui, ce qu’il veut, c’est dormir le matin. Et se coucher tard le soir. Quitte, de temps à autre, à rater les premières périodes de cours. «On a eu parfois des cas catastrophiques de jeunes qui n’arrivaient pas à s’endormir avant 5 heures du matin et devaient se lever à 7 heures pour les cours… ils finissaient par quitter l’école tellement ça n’allait plus», raconte le Pr Heinzer.

    Un jet lag permanent

    «Il y a une cause biologique à ce décalage d’horloge interne, mais aussi des raisons comportementales qui peuvent venir aggraver ce phénomène, nuance le spécialiste, comme l’exposition à la lumière dans la soirée, des écrans notamment, puisque c’est la lumière bleue qui a le plus d’impact sur notre rythme, et plus vous vous exposez à la lumière le soir, plus ça repousse le sommeil tard dans la nuit et le réveil tard le matin. Là, il y a clairement un phénomène qui pose problème parce qu’on fait croire à notre cerveau que c’est encore la journée en quelque sorte alors que c’est déjà la nuit.»

    Il y a aussi plus de devoirs, les jeux vidéo dans la soirée, les boissons caféinées qui repoussent l’endormissement et, enfin, la différence d’horaire de sommeil entre le week-end et la semaine. Comme l’explique le Pr Heinzer, «les sorties suivies de grasses matinées sont un problème. Cela crée une sorte de jet lag, comme si on partait à New York pour le week-end et qu’on revenait le dimanche soir. Le cerveau ne comprend plus rien.»

    Pour mieux s’endormir, il s’agirait aussi de changer de comportement. Parmi les astuces qui ont fait leurs preuves, il y a la pose d’un filtre anti-lumière bleue sur ses écrans, leur arrêt à partir d’une certaine heure (en privilégiant un livre et en laissant son téléphone en dehors de la chambre pendant la nuit). Dans les cas sévères, les spécialistes proposent, en parallèle à ces mesures comportementales, de prendre de la mélatonine avant de se coucher, une sorte de signal pour signifier au cerveau que la nuit arrive.

    «On a parfois des résultats magiques avec ce médicament, explique le Pr Heinzer, comme avec la luminothérapie le matin par exemple. La dernière mesure serait politique: que les cours commencent vers 8h30-9h pour les ados… un horaire idéal qui correspondrait à leur rythme naturel. Les expériences ont montré que cela diminuait les états dépressifs et que les résultats académiques étaient meilleurs.»

    Vacances scolaires: quel rythme idéal?

    Trop longues pour les parents, trop courtes pour les enfants… la question de la durée et de la fréquence des vacances scolaires est le serpent de mer de la rentrée. Seul consensus à ce sujet: l’alternance de deux semaines de vacances pour sept semaines d’école serait l’unique rythme à même de garantir l’attention des enfants jusqu’aux prémices des congés et leur bonne  récupération pendant. C’est en tout cas l’avis qui prévaut chez la plupart des chronobiologistes.

    Si le début de l’année scolaire et l’alternance vacances d’octobre, Noël, février suit à peu près cette cadence idéale, c’est au printemps que celle-ci devient… infernale. Les semaines entre la pause de Pâques et les vacances d’été pouvant allègrement flirter avec, voire dépasser, les dix semaines, laissant les écoliers – et leurs parents –  sur les rotules. Un dysfonctionnement que le Canton de Genève a décidé de prendre à bras-le-corps.

    L’an dernier, son service de recherche en éducation a publié une étude sur le sujet menée auprès de 2000 familles d’enfants scolarisés. Résultat: pour corriger le tir, la solution privilégiée par la plupart des foyers serait l’allongement de quelques jours des vacances de Pâques compensée par une réduction de même durée en été.

    Une réduction des vacances d’été qui permettrait également d’enrayer la perte des savoirs, notamment dans les classes sociales moins aisées, inhérente à cette très longue pause dans les apprentissages.

    Qui commence tôt… finit tôt!

    Lorsque Patricia, 45 ans, a pris connaissance, à son retour de vacances mi-août, de l’emploi du temps de sa fille Pauline, 10 ans, élève de 7e à Lausanne, elle a poussé un long soupir. Elle croyait avoir tout prévu pour assurer les journées d’école et les périodes extrascolaires de sa fille pendant ses jours de boulot, mais il fallait revoir son planning: «J’ai découvert que le lundi, après deux périodes de pause à midi, Pauline finissait à 14 h 40. Comme elle n’a plus accès à l’accueil parascolaire et que les devoirs surveillés ne débutent qu’à 16h, j’allais devoir trouver une solution.» Car, conséquence des emplois du temps qui démarrent dès potron-minet (à 7 h 40 parfois, à Lausanne) les après-midi ont parfois des airs d’école buissonnière.

    Marie-Pierre Van Mullen, présidente de l’Association de parents d’élèves Apé-Vaud, relativise: «Nous ne croulons pas sous les demandes de parents au sujet de ces emplois du temps mal équilibrés. Il s’agit plutôt d’insatisfactions ponctuelles, le plus souvent liées au fait que ceux-ci sont annoncés tardivement aux parents.» Pour la Vaudoise: «Il faut dire qu’en primaire, les horaires varient peu.»

    Mais cela arrive pour les élèves en 7e ou 8e qui sont en général capables de se débrouiller tout seul entre deux.» Si Marie-Pierre Van Mullen n’est pas, tout comme son association, favorable au système de la clé autour du cou, elle relève quand même un certain intérêt à ces petits moments de liberté autogérés: «C’est quelque chose qui fonctionne bien en Suisse où on remarque que les enfants, moins encadrés que dans d’autres pays, acquièrent une bonne confiance en eux et trouvent plus vite leur place dans la société. C’est très bénéfique.»

    S’il est bien sûr difficile de satisfaire tout le monde avec l’emploi du temps idéal, la présidente conseille cependant de ne pas hésiter à faire remonter ce genre de cas aux conseils d’établissement, qui réunissent professionnels et représentants des parents d’élève: «Car si les emplois du temps sont du ressort de la direction des établissements, la question des rythmes scolaires concerne tout le monde: enseignants, enfants et parents.»

    #FeminaOpinion: Marre des devoirs à la maison!

     

     

     

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