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    En mode «Body Positive»: Enfin des mannequins comme vous et moi!

    Zalando, Mango, H&M… Dans la foulée du mouvement «Body Positive», les grandes marques s’ouvrent aux corps dans toutes leurs diversités. Grandes, petites, minces ou rondes… peu importe! Celles pour qui le shopping dans les enseignes classiques n’était que désillusion disent merci.

    Publié le 
    25 Juin 2018
     par 
    Jennifer Segui

    C’est à peine si on l’avait remarquée. Sur cette affiche Zalando, à côté de trois filles taille mannequin en rikikis bikinis, une jolie métisse à la peau cuivrée affiche petit ventre et cuisses rebondies sous son une-pièce kaki. Sur l’e-shop H&M, c’est ce maillot, dispo dans toutes les tailles, qui est présenté sur un modèle aux formes affirmées.

    Quant à Mango, les modèles de la gamme grande taille Violeta promettent enfin glamour, parfait tombé et couleurs dans l’air du temps à celles qui, jusqu’ici, étaient abonnées aux sacs à patate et aux teintes dépassées.

    Des vêtements pour toutes arborés par des mannequins plus size? Des fringues conçues par de grandes enseignes pour sublimer et non pour cacher? Des pubs qui mélangent ouvertement toutes les morphologies? Ça n’a l’air de rien, mais c’est une petite révolution.

    Au service communication des grandes marques, devant notre enthousiasme de ronde surexcitée par ces nouveaux possibles, on calme toutefois le jeu, histoire de faire passer ce nouvel élan pour autre chose qu’un coup marketing. Chez H&M, qui a toujours proposé des vêtements grandes tailles à travers sa gamme Big is Beautiful, on explique: «Notre but n’est pas de véhiculer un message ou un idéal. Nous voulons montrer toutes sortes de diversités à travers nos modèles et nos campagnes.»

    Chez Zalando, le roi de l’e-shopping, on affirme l’importance du bien-être du client:

    «Avec nos campagnes, nous ne souhaitons pas promouvoir un certain idéal de beauté, mais proposer des vêtements pour toutes les femmes avec nos modèles plus size ou petite. C’est aussi l’objectif de notre slogan Me Unlimited, qui transforme les femmes de pouvoir de toutes morphologies en mannequins, comme la chanteuse Beth Dito.»

     

     

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    Place au «body positive»

    Côté clientes, ni stupeur ni tremblements. Les plus de 40 applaudissent et les tailles 36 ne semblent pas perturbées par cette nouvelle promiscuité. On est bien loin du rejet qu’avait suscité la pub pour les produits de douche Dove, au début des années 2000, avec ses modèles Madame tout le monde, qui avaient entraîné bien des commentaires mais peu d’actes d’achat.

    Pour l’anthropologue et sociologue français, spécialiste du corps, David Le Breton, autres temps, autres mœurs: «Le marketing d’aujourd’hui est à l’image de notre société contemporaine en valorisant l’absence de normes.»

    Alors, vivent les rondeurs, les peaux à problèmes et les tailles extrêmes!

    Après la vague du bodyshaming, qui voyait le moindre petit défaut relevé, critiqué, voire insulté, place au body positive, soit la valorisation des corps tels qu’ils sont. Pour le professeur Le Breton, «ce mouvement s’est forgé en résistance à certaines normes marketing de l’époque qui voulaient notamment que les rondeurs soient synonymes de mauvaise santé. Puis, les critères de séduction ont changé, les formes pleines redeviennent synonymes de beauté.»

    La preuve? La popularité du mannequin plus size Ashley Graham, qui revendique ses photos non retouchées auprès de ses millions de followers, ou encore le titre de femme la plus sexy du monde tout juste attribué par le magazine Maxim à la bombe américaine Kate Upton, longtemps critiquée par les milieux de la mode, qui trouvaient ses courbes généreuses un brin trop vulgaires pour les catwalks.

    En 2018, l’équation ronde = moche + malade et triste est balayée par des influenceuses qui aident à oublier les complexes. Il y a celles qui courent en brassière malgré les bourrelets et celles qui s’affichent sans complexes ni retouches sur leurs profils Instagram (voir nos encadrés). Ces bopo, pour body positive, naturelles, courageuses et belles toutes nues inspirent tout autant leurs abonné(e)s que les marques.

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    S'aimer soi-même

    Body Positive Attitude, c’est d’ailleurs le titre du livre, paru chez Marabout, de la blogueuse Yasmine. A trente ans, cette Française, suivie par près de 130 000 abonnés(e)s sur Insta (ely_ killeuse) et qui se définit comme bodyloveuse, végétarienne, runneuse, kiffeuse, séduit à coup de photos et de petites phrases décomplexantes comme: «La course à la minceur n’a pas de ligne d’arrivée.» Ou encore: «Se peser, c’est comme envoyer un message quand on est bourré, on sait qu’on va le regretter, mais on le fait quand même.»

    Dans son livre riche en conseils qui font du bien, elle raconte ses débuts. En 2013, elle lance son profil Instagram pour se motiver lors de son énième régime. «Je postais des photos de mes plats, j’avais le soutien de la communauté des régimeuses», explique-t-elle.

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    En 2017, elle craque. Après des années de frustration, elle cesse les privations et passe d’un 36 à un 42 en peu de temps: «J’étais découragée et c’est en m’inscrivant au crossfit que j’ai réalisé que la minceur n’était pas le seul idéal, qu’on pouvait être healthy tout en ayant des formes. J’ai écrit un post sur mon ras-le-bol en 2017. Il a été repris par de nombreux médias et j’ai reçu des tonnes de réactions positives.»

    Aujourd’hui débarrassée de la tyrannie des régimes, Yasmine partage sa liberté retrouvée, son corps réapproprié, court des semis et s’entraîne pour son premier marathon, prévu en 2019. Elle donne, enfin, ce qui pourrait être la morale de cette histoire: «Mon corps ne me définit pas. Il faut s’en libérer. Je suis bien plus qu’un corps.»

    Le témoignage de Florence Jacquinot

    «Pour avoir la taille mannequin, je me suis affamée»    

    Ses quelques 30 000 followers sur Insta l'ont remarqué, la productrice et influenceuse genevoise Florence Jacquinot, affiche une silhouette plus pulpeuse. Un changement de corps vécu comme une libération. 

    «C’est quand même un comble. Il faut savoir que dans le milieu du mannequinat, on est considérées comme modèle plus size à partir de la taille 12, c’est-à-dire un 42 suisse, ce qui est juste la taille la plus vendue. Au mois de mai dernier, je regardais des anciens posts que Facebook faisait ressortir en souvenir. C’était des photos à Cannes, il y a deux ans.

    J’avais plus d’une dizaine de kilos en moins, j’étais blonde, je souriais. Toutefois je savais que cette fille n’était pas heureuse. Forte de ce constat, et sur les conseils de mon booker, j’ai donc entamé une toute nouvelle carrière, celle de mannequin curve. A ma grande surprise, aujourd’hui je suis bien plus heureuse, malgré mon 46. 

    Dès la fin de l’adolescence, le poids a été une question importante. J’ai commencé les concours de beauté à 12 ans, été élue Miss Ok Podium à 14, fait le concours Elite à 17. A l’école, j’étais la grande asperge, je mesurais déjà 170 cm à 10 ans. Je brillais sur les terrains de basket. Originaire de Bellegarde, en France voisine, j’ai enchaîné les concours de beauté: Miss Haut-Rhône, Miss Pays de l’Ain, dauphine de Miss France en 1998.

    Mannequin à Paris, j’affichais un 38. On m’a demandé de perdre dix kilos en trois mois, ce que j’ai fait. Je me suis affamée volontairement, la gorge serrée pour tomber à 52 kilos et rentrer dans un 34-36 français.

    J’ai arrêté les sucres, les féculents et je me suis mise à courir tous les jours. Pendant vingt ans, j’ai été constamment au régime, les testant tous en alternance. J’ai eu la chance de ne pas souffrir de troubles alimentaires. Toutes ces filles au corps parfait, je les ai côtoyées dans mon job de mannequin ou de blogueuse. Je sais que leur secret, ce ne sont pas leurs bons gènes: lors des repas de gala, leurs assiettes repartaient toujours intactes… 

    Mon dernier régime, je l’ai fait l’an dernier, pour mes 40 ans. J’avais envie d’avoir un joli corps pour ce passage et être en forme. Puis j’ai eu un souci de santé et là, j’ai lâché prise, je n’avais plus la tête à me contraindre. J’ai aussi changé de couleur de cheveux. Mes rondeurs nouvelles ne m’empêchent pas de rester très féminine. Je suis plus épanouie, je me redécouvre. Par exemple, je refais du sport juste pour le plaisir et non pour compter les calories. J’ai une activité de personnal shopper et je me rends compte que la confiance ne dépend pas d’une taille 34 ou 52, mais de la perception qu’on a de soi. J’ai créé un profil, Believe in Yourself, sur Insta et j’aimerais développer cet aspect pour apprendre à toutes à s’aimer.»

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    Des profils Insta Inspirants

    bonjourclem (79,5k abonnés)

    Bonjourclem, c’est le profil du mannequin grande taille française Clémentine Desseaux, par ailleurs cofondatrice du All Woman Project, qui promeut les beautés diverses dans le milieu de la mode. Cette jolie brune au visage parsemé de taches de rousseur tient aussi un blog sur lequel elle cause mode, beauté mais aussi cuisine.

    Sa phrase: «En grandissant, j’étais persuadée que je n’étais pas comme il fallait, à cause de ma taille, mes taches de rousseur, ma personnalité et la façon dont mon esprit n’était pas adapté à cette vie.»

    me ̲   versus ̲   me (77,4k abonnés)

    Cette jeune auteure française a un petit ventre, des hanches et de jolis yeux clairs. Sur son profil, Luciana Gomes se montre telle qu’elle est, à la plage ou à la salle de sport. C’est sa «résistance personnelle». Sur les photos, elle ne sourit pas toujours, car elle pense que le sourire forcé est un diktat imposé aux femmes. Après des années de boulimie et d’anorexie, la jeune femme s’est libérée de bien des fardeaux.

    Sa phrase: «Nous sommes plus que ce que les autres attendent de nous.»

    ashleygraham (6,9 millions abonnés)

    On ne présente plus Ashley Graham, le sublime mannequin plus size. Tout récemment, l’Américaine a encore fait parler en publiant des photos d’elle non retouchées, capturées par des paparazzis, pour promouvoir sa ligne de maillots de bain perso.

    Sa phrase: «Je fais du sport pour être en bonne santé... pas pour me débarrasser de mon poids ou de mes courbes, car je suis très bien dans ma peau.»

    khrystyana (335k abonnés)

    Ce mannequin russe aux faux airs de Kate Upton s’affiche sans complexes sur son profil Instagram et se revendique comme une Bodylove activist. Khrystyana Kazakova y a courageusement publié un avant-après: lorsqu’elle était un filiforme mannequin classique et maintenant.

    Sa phrase: «Techniquement, je n’ai jamais été assez mince. Même à l’époque, avec toutes les souffrances alimentaires et les longues heures quotidiennes à la gym, j’étais à 95 cm de tour de hanches, un peu trop, paraît-il. Etais-je heureuse? Absolument pas.»

    valou ̲   naturally positive (32k abonnés)

    Elle danse en culotte et en pyjama sous l’œil de sa caméra et vous invite à en faire de même. Valériane, petit ventre, minibourrelets, c’est le profil bonne humeur par excellence. La Française s’est d’ailleurs auto proclamée cheffe de la brigade du positif.

    Sa phrase: «La seule personne qui te critique c’est toi-même, la seule personne qui te compare aux autres c’est toi-même, la seule personne qui accorde du crédit à la méchanceté c’est toi-même.»

    Le 24 juin 2018, courez en brassière!

     

     

    Coureuse, cycliste, adepte du fitness, grosse, maigre, grande ou petite, on jette son T-shirt pour s’adonner à son sport favori en brassière et célébrer le Global SportSBraSquad Day. Ce dimanche, on dit adieu aux complexes pour revendiquer son corps de  wineuse , même s’il ne ressemble pas à celui des filles des magazines.

    Ce jour, on le doit à  Kelly K. Roberts. Cette New-Yorkaise ultra sportive – elle court le marathon en 3 h 41 – avait entrepris, un jour d’été 2016, de rallier Brooklyn à Manhattan, soit une bonne quinzaine de kilomètres.

    Sous la chaleur étouffante, elle se résout à enlever son T-shirt pour courir en brassière. Complexée par sa cellulite, ses bourrelets et l’absence des incontournables plaquettes de chocolats, elle n’avait jamais osé, pensant essuyer des remarques: «Là, j’ai réalisé que la seule personne qui pensait que je n’étais pas assez bien pour courir confortablement pendant les mois d’été, c’était moi», dit-elle.

    Depuis, elle encourage toutes les femmes, tous les corps, à la suivre et à profiter de du 24 juin pour relayer leur image sur les réseaux sociaux avec le hashtag #SPORTSBRASQUADDAY.

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