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    Couple et argent: pourquoi on se dispute toujours?

    Le spectacle «Le Fric» des Vincent Kucholl et Veillon cartonne dans les salles. Pas étonnant, puisque l’argent est un sujet qui fait des étincelles, notamment dans les ménages. Mais pourquoi donc, quand on est en couple, le billet rend-il vert?

    Publié le 
    9 Avril 2018
     par 
    Nicolas Poinsot

    Ne vous fiez pas à la fragilité de ses billets, ni à la douce rondeur de ses pièces: l’argent peut vite se transformer en hooligan destructeur dans un couple. Il est ainsi le troisième plus grand sujet de dispute chez les amoureux, juste après le délicat dossier des tâches ménagères et l’éducation des enfants, relève l’Office fédéral de la statistique. Le fric est également l’un des coupables les plus fréquemment mis en cause lors des ruptures, avec l’infidélité.

    Cette relation manifestement houleuse entre amour et monnaie est d’autant plus surprenante que ces deux-là commencent très tôt à coexister: lors du premier rendez-vous au café ou au resto déjà. Quand arrive l’addition, c’est presque à chaque fois le même festival de mathématiques qui se met en branle. Va-t-il vouloir payer le total? Va-t-elle proposer de diviser la note en deux? Doit-on chacun régler la somme correspondant à ses consommations?

    Idem quand survient l’union officielle. «Mon futur mari a imposé sans réelle concertation la signature d’un contrat de mariage avec séparation de biens, prétextant une sécurité pour moi en cas de faillite de son affaire, se souvient Mylène. La méthode du fait accompli m’a laissé un goût amer. Même quinze ans après, cela me vexe rien que d’y repenser.»

    Menace en dessous des radars

    Des questions d’argent se posent donc dès la naissance d’un duo amoureux. Le problème, c’est qu’elles demeurent trop souvent inexprimées. 40% des couples ne discutent jamais de l’organisation de leurs finances, révèlent ainsi des travaux menés par la sociologue Hélène Belleau. Un résultat très médiocre à l’ère où l’on ne cesse de nous rappeler que la communication est la clef pour éviter les conflits.

     

     

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    Mais pourquoi cette dangereuse tendance au non-dit en matière de fric?

    «Nous sommes encore très imprégnés par l’idéologie d’un amour qui se situerait au-dessus du calcul et de l’intérêt, auxquels est associé l’argent, fait remarquer Laurence Bachmann, sociologue à la Haute école de travail social. Elle véhicule cette croyance qu’il ne faut pas désenchanter la relation par des choses si terre à terre.»

    Naïveté qui va parfois jusqu’à nous faire imaginer que les sentiments vont tranquillement jouer les comptables à notre place, rappelle Sandra Hoibian, directrice du pôle Evaluation et Société au CREDOC (Centre français de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie): «Le côté merveilleux et irrationnel de l’amour à ses débuts nous laisse croire que la gestion de l’argent se fera naturellement, ce qui contribue à entretenir un tabou autour des chiffres.»

    Un tiraillement contemporain

    Cette approche du couple sous le mode «laissons-nous planer sur un petit nuage» ne résiste pas au retour frontal de la réalité du duo amoureux: savoir conjuguer l’individu et le collectif. D’autant plus que cette tension entre le moi et le nous est forte comme jamais. «On assiste à une réelle revalorisation du couple, note Caroline Henchoz, sociologue à l’Université de Fribourg, avec énormément d’attentes envers le partenaire et la relation. Ce désir de fusionner avec l’autre est violemment contrebalancé par un individualisme toujours plus exacerbé dans nos sociétés occidentales. Alors qu’autrefois on pensait collectif, on veille désormais à ce que l’individu ne se perde pas trop dans le collectif.»

    Une équation instable qui s’exprime évidemment beaucoup via l’argent, à la fois gage de prospérité du foyer et symbole de liberté, de rêves personnels. «Nombre de couples vont alors tenter d’atténuer cette tension en cherchant un modèle de gestion qui apparaisse le plus juste possible pour les deux parties et qui respecte leurs valeurs», poursuit la sociologue fribourgeoise.

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    Si une part importante des couples continue de privilégier un seul compte bancaire où sont mis en commun tous les revenus, de plus en plus d’amoureux, notamment ceux des jeunes générations, adoptent la solution des comptes séparés, avec souvent l’ouverture d’un troisième compte, dédié aux dépenses du ménage. Un modèle a priori plus respectueux des desiderata des tourtereaux – qui inclut la réalité du haut taux de rupture des tandems contemporains.

    Pour nous ou juste pour toi

    Aucune de ces options ne suffit pourtant à répondre une fois pour toutes aux interrogations de ce qui sera à moi, à toi ou à nous. Romaine, 42 ans, mariée et deux enfants, peut le confirmer. «Mon compagnon s’est récemment acheté du matériel pour le parapente, et il a payé avec la carte bancaire de notre compte en commun au lieu de puiser sur son compte personnel. Je n’ai pas voulu aller au clash pour ça, mais je lui ai fait comprendre que son choix m’avait un peu gênée. Je n’aurais pas osé faire ça. En fait c’est même l’inverse, j’utilise souvent mon compte perso pour des dépenses qui concernent les enfants.»

     

     

    Monsieur qui tend à préserver jalousement son argent de poche, Madame qui rechigne à trop prélever sur le compte en commun… La dynamique n’étonne pas vraiment Laurence Bachmann. «L’argent a une charge symbolique spécifique pour les femmes. Pendant longtemps elles ont été considérées légalement comme des mineures dans le rapport aux finances et désormais détenir un compte personnel est un synonyme d’indépendance à leurs yeux. Cela s’accompagne fréquemment d’une envie de prouver cette autonomie, par exemple en puisant sur leur enveloppe personnelle au lieu d’aller prendre dans le pot commun.»

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    L’argent peut ainsi exacerber le fonctionnement patriarcal de certains couples. «Avec mon mari, nous avons opté pour un compte bancaire en commun dès notre emménagement, témoigne Alice, 35 ans. Pour moi, c’était une évidence, cela correspond à notre vision romantique et fusionnelle de la vie à deux. Pourtant je regrette de plus en plus ce choix. Mon homme adore gérer les choses cruciales de la maison, comme l’argent, et chaque matin il consulte attentivement nos finances sur sa tablette lors du petit-déjeuner. Nous avons acheté un appartement, forcément il faut faire attention. Mais là je me sens épiée, voire infantilisée, car j’ai l’impression d’avoir à expliquer la raison de chacune de mes dépenses. C’est devenu une vraie source de malaises et de reproches.»

    Interpréter les signes

    Reste qu’avec de l’implication et des discussions constructives, la plupart des couples surmonte petit à petit ces phases de crises, l’avancée se «faisant via des microdécisions, des ajustements progressifs», éclaire Caroline Henchoz. «Mais quand les tensions autour de l’argent persistent dans le couple, c’est que les racines du malaise sont plus profondes», constate le psychothérapeute Robert Neuburger. Du point de vue de nombreux psychanalystes, ce ne serait d’ailleurs pas l’argent qui crée les problèmes de couples, mais les problèmes de couples qui tendent les rapports à l’argent. Ah, le fric, ce merveilleux révélateur d’une mécanique amoureuse grippée.

    «Ma copine m’a trompé plusieurs fois et je lui ai pardonné ses dérapages, confie Matthieu, cuisinier de 28 ans. Je me demande si j’ai bien fait, car sa gestion de l’argent semble toujours traduire un déséquilibre affectif entre nous. En tant que cadre dans une multinationale, elle gagne très bien sa vie et s’achète chaque mois des objets assez onéreux. Certes, elle prend sur les deniers de son compte perso, mais je me dis que cet argent pourrait être davantage investi pour la vie à deux, comme des week-ends romantiques, des voyages, ou pour acquérir un bien immobilier ensemble. A part pour les charges du ménage, son argent sert peu à embellir notre relation, alors qu’à sa place je chercherais à davantage partager avec la personne que j’aime.»

     

     

    Un cadeau empoisonné

    Les sous peuvent ainsi devenir une sorte de monnaie sentimentale, nous assure Caroline Henchoz. Avec l’envie de voir le conjoint en mode service minimum sur le plan émotionnel «rembourser une dette affective» via un investissement sonnant et trébuchant dans le couple. Ce genre de rancune silencieuse, moins tempétueuse qu’une engueulade car cachée sous la surface du quotidien, n’en est pas moins un détonateur à retardement pour le couple, diagnostique Robert Neuburger. «Ces événements qui froissent, car ressentis comme des anomalies, font forcément réfléchir sur la situation et la santé du couple.»

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    Et à raison. Aujourd’hui, puisque l’argent est tout, il peut facilement incarner tous les problèmes dans la relation amoureuse, glissait le psychanalyste Patrick Avrane dans son ouvrage Petite psychanalyse de l’argent (PUF, 2015). Ce dernier rappelant au passage que l’amour est fait de don et de contre-don, affectif comme financier. Du coup, la récurrence d’un échange inégal a tout l’air d’un symptôme troublant.

    Cynthia, 51 ans, n’a par exemple pas vraiment digéré d’avoir découvert que son mari, pourtant bien rémunéré, lui avait acheté leur cadeau d’anniversaire de mariage sur le compte commun, tandis qu’elle avait préféré ponctionner ses propres économies pour le sien. «Symboliquement, ces cadeaux n’ont pas la même valeur, analyse Robert Neuburger. Une telle différence ouvre une brèche car elle est une véritable attaque à la confiance, qui est autour de quoi tout tourne en amour. Il faut profiter de ce type d’incidents et voir sa dimension positive pour mieux aborder l’avenir: si l’argent peut fâcher, il s’avère un magnifique médiateur pour parler de la confiance en couple.»

     

     

    La philosophie «on met nos revenus en commun»

    «Lorsque nous avons commencé à vivre ensemble il y a plus de trente ans, le choix d’un seul compte pour moi et mon mari s’est imposé tout de suite. Cela correspondait à notre idéal du couple, nous avions envie de ne faire qu’un. Et depuis, nous fonctionnons très bien ainsi.» Comme Clémence, 54 ans, plus des deux tiers des personnes mariées optent pour le compte commun.

    Cette solution n’est en revanche privilégiée que par un quart des concubins. «Il ne faut cependant pas cacher qu’un tel fonctionnement a ses contraintes et nécessite énormément de confiance, de dialogue. Dès qu’on a une dépense personnelle d’un certain montant en vue, il faut d’abord en parler à l’autre. Le week-end dernier, j’ai par exemple flashé sur une jolie robe durant une escapade shopping. Mon mari était là et je lui ai demandé ce qu’il en pensait. Comme nous avons pas mal de factures ces temps, il a préféré qu’on reporte cet achat.»

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    Le compte unique peut parfois prendre des allures moins glamour. Désormais veuve, Andrea, 79 ans, se souvient: «J’ai travaillé un peu avant mes deux enfants, puis je suis restée au foyer. Dès lors, mon mari me donnait chaque fin de mois une enveloppe pour payer les courses de la semaine, que je faisais seule.» Un modèle dit de l’allocation domestique (versée au conjoint qui gère la maison) pas si désuet. Selon la sociologue Hélène Belleau, il serait effectif chez 10% des couples.

    La philosophie «on partage nos revenus»

    Comme le constatait l’Office fédéral de la statistique en 2016 dans son étude Les relations de couple, le système des comptes séparés est majoritaire chez les conjoints en union libre. «Et il s’avère clairement aujourd’hui le modèle privilégié par les jeunes générations», précise Robert Neuburger, psychothérapeute. Il existe deux variantes pour ce modèle. La première consiste à garder chacun son compte personnel, les partenaires s’arrangeant de diverses façons pour répartir les dépenses.

    «Avec ma copine, nous procédons au pifomètre, explique Corentin, 31 ans. Lorsqu’elle a payé des courses, je me propose spontanément pour être ensuite celui qui offre le restaurant. On cherche un certain équilibre sans pour autant pinailler à cinquante francs près. Ce n’est pas trop notre truc de compter les sous!»

    Pour d’autres, la quête de l’égalité est cependant un souci majeur. Parfois au risque de transformer les finances du foyer en une vraie comptabilité de PME, comme le détaille Marie, 48 ans: «C’est soit moi, soit mon concubin qui paye les courses, mais de retour à la maison mon homme tient à marquer sur le ticket de caisse ce qui est à l’un et à l’autre en dehors des produits consommés ensemble. Tels yoghourts sont à lui, telles bananes à moi. Celui qui n’a pas payé rembourse l’autre du montant des achats qui lui sont destinés. Souvent via un virement bancaire.»

     

     

    Souci d'équité

    La seconde implique d’ouvrir un troisième compte en sus des deux comptes personnels. Les amoureux versent chaque mois une partie de leurs revenus dans cette enveloppe commune vouée aux dépenses du ménage (courses, loyer, factures diverses, achat de mobilier…). L’option permet de financer sans calculs savants les charges du foyer tout en préservant une somme bonus pour chacun des partenaires.

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    Mais là encore, deux choix sont possibles. «Dans certains couples, c’est 50/50, les conjoints mettent exactement le même montant mensuel, dans d’autres, l’apport est fait au prorata des deux salaires, par exemple 40/60, explique la sociologue Caroline Henchoz. Il existe même une autre voie, inverse celle-ci: chacun crédite son compte personnel d’une certaine somme, puis ce qui reste est mis dans le compte commun.»

    En cas de montant supérieur au budget mensuel, le couple peut soit reporter la somme pour le mois suivant, soit s’en servir pour se faire plaisir et financer des dépenses non prévues au départ. «C’est sans doute l’option la plus égalitaire, juge la sociologue, car le conjoint qui gagne moins n’est pas péjoré. Chacun a autant d’argent pour lui.»

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