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    Mode du futur: on portera un perfecto en écorces d'ananas

    «J’adore ta jupe, elle est en quoi? En bio-cuir?» «Non, c’est de la peau de champignon.» D’ici quelques années, ce genre de conversation pourrait bien être monnaie courante. Normal: une industrie qui pèse 3000 milliards de dollars – soit 2% du PIB mondial – ça donne forcément des idées.

    Publié le 
    10 Septembre 2018
     par 
    Julien Pidoux

    Raréfaction des ressources naturelles, demande croissante des consommateurs pour des alternatives plus éthiques et/ou plus écologiques, avancées technologiques… les raisons qui poussent le secteur de la mode à développer de nouveaux matériaux sont nombreuses. Toutefois, leur simultanéité entraîne une vague d’innovations dans le domaine du textile.

    Mon T-shirt au compost

    En vérité, la confusion des genres a déjà commencé. Désormais, impossible de distinguer la fausse fourrure de la vraie. Stella McCartney a dans sa garde-robe des pièces en soie d’araignée fabriquée artificiellement, alors que Freitag ou Calida proposent déjà sur le marché des vêtements que l’on peut balancer au compost. Par ailleurs, le faux vrai cuir, produit in vitro, est annoncé pour l’année prochaine. Comme le dit la papesse Stella en personne dans le Women’s wear Daily (WWD):

    «Quand j’ai commencé dans la mode, je n’aurais jamais pensé qu’il y aurait un jour comme celui-ci, où la technologie rejoint la mode, l’une des industries les plus désastreuses pour l’environnement. C’est maintenant le temps des réponses et des alternatives.»

    Et des alternatives, il y en a. Depuis sa création il y a seulement trois ans, la fondation H&M a reçu plus de 8000 dossiers provenant de 151 pays pour son Global change Award, désormais renommé Prix Nobel de la mode (les candidatures 2019 sont ouvertes jusqu’au 17 octobre 2018…). Algues, champignons, bactéries, peau d’orange ne sont que la pointe de l’iceberg de ces matériaux qui feront – peut-être – les habits de demain.

    «Il y a clairement une prise de conscience du côté des producteurs et des consommateurs, mais cela prend du temps, car la mode va lentement, prévient Pauline Treis, créatrice du label Jungle Folk et initiatrice du mouvement Fashion Revolution,  qui demande davantage de transparence dans cette industrie plutôt opaque. Toutefois, le mouvement est en route, à commencer par les jeunes marques.»

    Slow fashion: nos bons plans pour acheter moins et mieux

    La Suisse est d’ailleurs loin d’être en reste. Couturière de formation, assistante technique au sein de la HEAD de Genève, Madeline Ribero explique que dans le domaine notre pays ferait même office de pionnier. «Nous avons une industrie textile, notamment à Bâle, qui est à la pointe dans les matériaux intelligents pour le corps médical, les pompiers ou le sport. C’est encore un domaine de niche, mais en plein essor.»

    Ananas de luxe

    Reste un obstacle, majeur, pour un développement à plus large échelle de ces néo-tissus, qu’ils soient issus de la nature ou high-tech: leur prix. Natacha Reymond, créatrice de la marque suisse Allure Sauvage avec Selena Sieger, en sait quelque chose. Le cuir d’ananas, matière première de toute leur gamme d’accessoires, reste pour l’heure une denrée chère.

    «Les gens qui sont prêts à mettre le prix pour ces produits sont encore peu nombreux, mais le potentiel est là. Notre but est simplement de montrer qu’on peut faire du beau avec autre chose que du cuir ou du plastique.» Et ça marche: à l’heure de la viralité sur les réseaux sociaux, les marques qui osent s’emparer de ces nouveaux matériaux s’offrent une publicité sans concurrence.

    Iris van Herpen, pionnière techno

    Dans le monde des nouveaux matériaux de la mode, il y a deux noms qui brillent: Stella McCartney, surtout en ce qui concerne les biomatériaux, et Iris Van Herpen, pour ce qui est de la haute technologie. Vogue parle d’elle comme de la «scientifique en chef de la haute couture». Biologie, physique, algorithmes, impressions 3D, découpages au laser, la créatrice néerlandaise s’inspire de tous les domaines.

    Par ailleurs, elle travaille les matériaux les plus récents et les plus high-tech (plexiglas, polyuréthane) tout en les combinant avec des savoir-faire ancestraux. Dans sa dernière collection (haute couture Automne/hiver 2018), dont est tirée cette imposante robe qui reprend l’architecture d’une plume (photo), elle a encore montré son intérêt envers les matériaux de laboratoire en utilisant du Mylar, une fibre à base de PET.


    © Imaxtree - Une tenue high-tech lors du défilé automne/hiver 2018-2019 d'Iris van Herpen.

    Cuir in vitro


    © Modern Meadow

    Bienvenue dans le monde de la biofabrication, soit la capacité de reproduire artificiellement des matériaux naturels, comme le cuir. Sans toucher à un poil de veau ou d’autruche, donc. Modern Meadow a mis au point ce procédé révolutionnaire, où le collagène, composant principal du cuir, est produit in vitro à partir d’ADN. Grâce à cette méthode, ce bio-cuir (appelé Zoa) est malléable à souhait, permettant de créer des pièces de toutes formes et de toutes densités.

    Ce T-shirt (photo) mêlant coton et Zoa a même trouvé sa place au MoMA, le Musée d’art moderne de New York dans le cadre de l’exposition Items: is fashion modern? Ce matériau devrait faire son apparition sur le marché l’année prochaine.

    Teinture d'algues

    Alga Life, petite start-up basée en Israël, s’est fait remarquer en remportant le Global Change Award 2018, initié par la fondation H&M. Cette récompense va lui permettre de booster ses travaux de recherche autour de l’algue. A partir de cette ressource sous-marine, l’équipe arrive à la fois créer une fibre, solide mais biodégradable et toute une palette de teintures respectueuses de l’environnement. Cerise sur le gâteau, selon Renata Kelbs, à la tête du projet, ce néo-tissu libère des antioxydants et des vitamines à même la peau.

    Un grand verre de lait

    Les Suisses ont dégainé les premiers! Chez Swicofil, on propose depuis quelques années du fil créé à partir de caséine, une protéine du lait. Depuis, d’autres se sont engouffrés dans ce marché: QMilk, en Allemagne ou Waldegg, en Autriche. Le marché reste encore confidentiel, malgré les atouts indéniables de la fibre ainsi obtenue: elle est bactériostatique et hydrate la peau, à la manière… d’un bain de lait.

    Dans le champignon, tout est bon

    Les champignons n’ont pas fini de nous surprendre. Après avoir découvert leur capacité à communiquer grâce à leur réseau de racines (le mycélium), voilà que les spores du Phellinus ellipsoideus permettent de créer un biomatériau révolutionnaire. Le Muskin (contraction de mushroom, champignon, et skin, peau) possède un toucher proche du daim, est hypoallergénique, absorbe l’humidité et la libère rapidement, comme un textile technique destiné au sport. Par ailleurs, Stella McCartney va décliner l’iconique sac Falabella en Mylo, une étoffe ressemblant à s’y méprendre au cuir, mais créée à partir de mycélium.

    Salades de fruits

    Ananas, mais aussi banane, pomme, vigne, canne à sucre… les déchets, peaux ou feuilles de fruits sont aujourd’hui l’alternative la plus courante au cuir de bête – on dit d’ailleurs cuir de fruits. Natacha et Selena Sieger, de la marque Allure Sauvage, ont pour leur part choisi le Pinatex (du cuir d’ananas).

    «Tout a démarré d’un constat: j’avais acheté un sac en cuir dont j’étais très contente mais, d’un autre côté, j’avais acheté un morceau de veau mort… à l’autre extrême, tout ce qui était végane était en plastique, souvent fabriqué en Chine, et ne me correspondait pas niveau style. Il y avait une vraie lacune: personne ne proposait du luxe éthique. Nous avons donc utilisé les méthodes de la maroquinerie de luxe, mais avec un matériau innovant.»

    Soie d'araignée


    © SMC Bolt Threads/Stella McCartney

    C’est bien connu, l’araignée produit la soie la plus solide qui soit. Par ailleurs, elle se travaille plus facilement que la soie traditionnelle, celle obtenue à partir des fameux vers. Problème, l’élevage de ces charmants arachnides est impossible, les petites bêtes se dévorant parmi. Toutefois, l’obstacle a été contourné: une entreprise américaine, Bolt Threads, est devenue leader dans le domaine en proposant un fil de soie d’araignée créé artificiellement à base de levure, de sucre, d’eau et de sel.

    Le tout est fabriqué sans dérivés du pétrole et à l’aide d’une quantité d’eau raisonnable. Ce biomatériau a séduit Stella McCartney, qui a produit toute une collection capsule, l’année dernière, avec la start-up américaine.

    Bactéries colorantes

    Fabriquer des textiles est une chose, les teindre en est une autre. Cette activité ultra-polluante nécessite souvent de larges doses de chrome et une énorme quantité d’eau (environ 530 litres pour un T-shirt), ce qui pollue les ressources hydrologiques. Il suffit de voir la couleur de certaines rivières, en Chine ou au Bangladesh pour s’en convaincre. Du coup, des entreprises comme Faber Futures ou Colorfix ont développé une méthode à base de bactéries et de micro-organismes.

    Le procédé, totalement naturel, permet en plus de réduire significativement la quantité d’eau nécessaire. En effet, les habits sont plongés dans un bouillon de bactéries puis un coup de chaud les fixe tout simplement sur le textile.

     

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